On dit le marché tendu sur la gouvernance de l'intelligence artificielle. Les compétences seraient rares, les candidats disputés, les postes difficiles à pourvoir. Cette lecture est répandue, et elle suppose une chose : que le poste existe.
Nous avons regardé. Sur les 4 394 annonces d'emploi portant sur l'intelligence artificielle que contient le relevé du 17 août 2026 de notre observatoire, 2,6 % mentionnent la gouvernance de l'IA. Une sur trente-huit. Et presque aucune ne la met dans son titre.
Quatre intitulés sur quatre mille
Dans ce corpus, soixante-douze intitulés de poste portent un mot de gouvernance, de conformité ou de risque. Le marché sait donc parfaitement nommer ce type de fonction : il le fait pour les données, pour la cybersécurité, pour la qualité, pour la protection des données personnelles.
Quatre seulement l'associent à l'intelligence artificielle. Une annonce sur mille cent. Les voici, tels qu'ils sont écrits :
- Tech Lead Digital Workplace — Gouvernance M365 & IA
- Chef-fe de projet conformité & qualité IA
- Consultant en Cybersécurité — Compliance, Risk & AI Governance
- CDD — DPO & AI Protection Officer Confirmé
Lisez-les dans l'ordre. Le premier gouverne un outil bureautique, pas une discipline. Les trois autres sont de vrais postes de gouvernance de l'IA, et aucun n'y arrive par la porte principale : le sujet entre par la qualité, par la cybersécurité, par la protection des données. Jamais par lui-même.
Ce n'est pas le vocabulaire qui manque
Une absence ne démontre rien tant qu'on n'a pas vérifié qu'elle n'est pas celle de l'instrument. Nous avons donc cherché la contrainte réglementaire sous tous les noms qu'elle peut prendre dans une annonce.
« AI Act » : aucun intitulé, trente-six corps d'annonce. « Règlement européen sur l'IA » : rien, ni en titre ni en corps. « Règlement 2024/1689 » et « loi européenne sur l'IA » : rien non plus. « Conformité IA » : un intitulé, trente-six corps. « IA de confiance » : un intitulé, dix corps.
Autrement dit, la contrainte réglementaire est décrite dans les annonces et n'apparaît sur aucune porte. Les trente-six corps où figure l'AI Act sont de vrais contextes de conformité, où il voisine avec le RGPD, la directive NIS2 et la norme ISO 42001. Le sujet est écrit, il est attendu du candidat, il n'entre pas dans le nom du poste.
Où le travail vit réellement
115 annonces mentionnent la gouvernance de l'intelligence artificielle dans leur corps. Seize seulement l'annoncent dans leur intitulé. Les quatre-vingt-dix-neuf autres décrivent ce travail sans le nommer, sous des titres qui parlent d'autre chose : responsable IA, architecte IA, ingénieur données, chef de projet IA.
Il faut être précis sur ce que cela signifie, et sur ce que cela ne signifie pas. Un ingénieur données dont l'annonce évoque un cadre de gouvernance n'occupe pas un poste de gouvernance : il occupe un poste technique auquel on a ajouté une responsabilité qui n'a pas de titulaire. C'est exactement le phénomène. Le travail est commandé, il est décrit, il est attendu, et il est réparti par défaut sur des postes qui existaient déjà.
Un travail que personne ne nomme est un travail que personne n'arbitre. On ne recrute pas une intention.
Olivier Indovino, IARH Consulting
Ce que cela change pour une direction générale
La conclusion pratique n'est pas « recrutez plus vite ». Elle est que la difficulté supposée de recrutement masque une question antérieure, et beaucoup moins confortable : qu'y a-t-il exactement dans ce poste ?
Un responsable de la gouvernance de l'IA sans périmètre écrit, sans autorité définie et sans arbitrage sur ce qu'il peut interdire n'est pas un poste difficile à pourvoir. C'est une intention. Et une intention se recrute mal, parce qu'aucun candidat sérieux ne peut évaluer ce qu'on lui demande.
Le signe est facile à vérifier chez soi, et il ne demande aucune étude. Prenez la dernière annonce que votre entreprise a publiée sur un sujet d'intelligence artificielle. Regardez si la gouvernance y figure. Si elle apparaît dans le corps mais pas dans le titre, vous avez confié le sujet sans créer le poste, et la personne qui l'occupera l'apprendra en arrivant.
Trancher le périmètre, l'autorité et la rémunération avant de chercher qui l'occupera : c'est l'objet d'un diagnostic dirigeant, et cela se fait en quelques semaines.