Observatoire — emplois et métiers de l’IA
Le marché construit la machine avant d’en construire le pilotage
Le marché français de l’emploi en intelligence artificielle, mesuré de deux façons : par ce que les annonces nomment dans leur titre, et par ce qu’elles décrivent dans leur corps. Les deux mesures emploient la même grille de classement et ne diffèrent que par la sélection.
Deux études, deux onglets — cliquez pour changer de mesure
88 %
Sur les annonces dont le corps mentionne l'intelligence artificielle, 88 % ne la nomment pas dans leur intitulé.
3 864 sur 4 383, soit 88,2 % exactement. Relevé du 3 octobre 2026 sur 479 119 offres.
Ce que le marché sait nommer : les annonces dont le
titre porte l’intelligence artificielle.
526 annonces sur 479 119 nomment l’intelligence artificielle dans leur
intitulé, soit moins d’une sur mille. L’ingénierie et l’expertise technique en
représentent 273 ; la gouvernance, la conformité et l’éthique réunies, 6.
Le marché de l’IA, un poste par marque
Chaque marque est un poste ouvert en France au 3 octobre 2026, rangé par ordre d’effectif décroissant. Les 6 marques ocre, en fin de champ, sont l’intégralité de ce que le marché français consacrait, au relevé du 3 octobre 2026, à l’organisation de l’intelligence artificielle. Il faut les chercher : c’est le constat.
pour un seul qui l’organise
Ce n’est pas un déséquilibre de moyens, c’est un déséquilibre de séquence. Les entreprises recrutent les personnes qui feront fonctionner la technologie avant celles qui décideront de son usage.
La question de savoir qui arbitre, qui contrôle et qui répond n’est pas encore devenue un poste. Elle restait donc, au relevé du 3 octobre 2026, sur le bureau du dirigeant.
La nomenclature, telle que les intitulés la nomment
526 annonces distinctes, après retrait de 85 republications. Le classement suit l’effectif, sans regroupement : la famille « autres intitulés » rassemble les postes que la nomenclature ne range pas, elle n’est pas un résidu négligé.
3 observations que le tableau ne dit pas
La gouvernance existe dans les textes, pas dans les titres
6 intitulés seulement portent la gouvernance, et il faut les lire un par un. Un poste technique d’espace de travail Microsoft 365, un consultant en cybersécurité, deux chefs de projet qualité ou confiance. Le cinquième est un délégué à la protection des données doublé d’un « AI Protection Officer », en contrat à durée déterminée : c’est le plus proche de ce que nous cherchons, et c’est une fonction de protection adossée à une obligation légale, pas une autorité d’arbitrage. Au relevé du 3 octobre 2026, aucune entreprise française n’ouvrait de poste dont l’objet premier serait de décider qui arbitre l’usage de l’IA.
On nomme un directeur, on décrit un gouverneur
Dans les titres, 14 postes de direction contre 6 de gouvernance. Dans les corps d’annonces, 25 contre 72. Le rapport s’inverse selon qu’on lit l’affiche ou le contrat : l’entreprise recrute un responsable de l’IA et lui confie, au fil du texte, des devoirs de gouvernance qu’aucun titre ne nomme. C’est un travail réel sans mandat écrit, et c’est précisément l’écart dans lequel une doctrine interne se construit ou s’improvise.
La conformité est portée par des métiers existants
56 annonces décrivent un travail de conformité lié à l’IA, et 28 d’entre elles recrutent un juriste. Les autres sont des chargés de conformité, des responsables d’affaires réglementaires, des fonctions qualité. Les entreprises rattachent l’IA à des fonctions de contrôle déjà en place plutôt que d’en créer une. Ce choix est économe, et il expose : ces fonctions n’ont pas autorité sur les arbitrages métiers.
gouvernance IAAI Actéthique IAComptages exacts renvoyés par l’API de France Travail sur l’intégralité du stock ouvert français, corps de l’annonce compris, et non sur le seul corpus ci-dessus. Le sujet n’a pas encore de nom sur le marché du travail.
Ce que le marché paie, et ce qu’il tait
Moins d’un quart des offres qui nomment l’IA dans leur intitulé affichent leur salaire
Sur un marché où les compétences sont disputées, taire le montant est la posture de celui qui préfère s’aligner sur la demande plutôt que de fixer un prix. Les 6 annonces de gouvernance, de conformité et d’éthique sont toutes muettes.
Milliers d’euros bruts annuels. Hachuré lorsque la médiane repose sur moins de 10 offres, ce qui est le cas partout sauf pour l’ingénierie. Ces valeurs sont des ordres de grandeur et ne doivent jamais être citées comme des références de marché. Le seul chiffre robuste de cette section est l’écart des taux d’affichage ci-dessus.
Où se situent ces postes
Où se situent ces postes : les huit premiers départements du pays
322 des 526 postes se situent en Île-de-France, soit 61,2 %. Paris et les Hauts-de-Seine en concentrent à eux seuls 51,3 %. Sur les 526 annonces, 262 sont des contrats à durée indéterminée.
Le premier employeur déclaré du corpus n’est pas une entreprise industrielle : ce sont les agences de placement de main-d’œuvre, avec 25 annonces, devant le conseil en systèmes et logiciels avec 20 et le conseil de gestion avec 19. Une part notable du marché visible est intermédiée : l’entreprise qui recrute n’est pas celle qui publie.
Ce qu’il fait déjà sans le nommer : les annonces dont le corps décrit un travail avec l’intelligence artificielle.
Le même marché, vu par les corps d’annonces
4 383 annonces distinctes, une par marque, contre 526 dans l’autre onglet. Le filet a changé de maille, pas de forme. 1781 annonces tombent dans « autres intitulés », soit 40,6 % — mais ce taux-là dépend des familles retenues, là où le rapport de 88,2 % énoncé plus bas n’en dépend pas. Les 3 familles ocre sont ici groupées en fin de champ et non rangées par effectif, faute de quoi l’accolade désignerait des familles qui n’en sont pas.
ne la nomment pas dans leur titre
Sur 4 383 annonces dont le corps mentionne l’intelligence artificielle, 3 864 n’en disent rien dans leur intitulé. Seules 11,8 % la nomment.
Cette mesure ne dépend d’aucun classement : c’est le même test appliqué au titre et au corps, rien d’autre. Elle est donc insensible aux quatorze familles ci-dessous et à leur ordre, contrairement au reste de cette page.
Chercher l’intelligence artificielle dans les titres revient à n’en voir qu’une part sur seize, et une part qui n’est pas prise au hasard : celle que le marché a déjà su nommer.
La nomenclature, sur les corps d’annonces
Mêmes familles, mêmes règles, même ordre de lecture que dans l’onglet des intitulés. La gouvernance, la conformité et l’éthique passent de 6 annonces à 72 — bien plus en volume, et pourtant la rareté ne s’explique pas par le seul vocabulaire des intitulés : élargir la mesure au corps des annonces la fait passer de 1,1 % à 1,6 %, soit à peine plus. Elle est structurelle.
Rémunérations et géographie
La part francilienne tombe de 61,2 % à 43,0 % quand on passe des titres aux corps. Les métiers que le marché sait nommer sont plus parisiens que ceux qu’il se contente de décrire, ce qui est cohérent : le vocabulaire neuf s’installe d’abord là où se concentrent les sièges.
Ce que cet onglet ne dit pas
Les décomptes bruts de cet onglet n’ont pas été lus un par un. Sur le canal gouvernance du même balayage, 75 détections automatiques se sont réduites à 4 après lecture des annonces : « garantir la conformité des réponses » chez un chargé de relation client n’est pas de la gouvernance de l’intelligence artificielle. Un chiffre de cet onglet indique un ordre de grandeur, jamais un nombre de cibles.
Un critère réglé sur un département ne vaut pas nationalement. Le même détecteur donnait 3 détections sur 3 justes dans l’Ain, et environ 4 sur 23 sur la France. Les mots « conformité », « garantir » et « gouvernance » sont rares dans un département et omniprésents dans un demi-million d’annonces.
Fenêtre de collecte : offres créées depuis le 1er janvier 2026 et encore ouvertes. Environ 32 000 offres antérieures toujours ouvertes ne sont pas dans le corpus. Ce choix rend les passes comparables entre elles.
Ce que ce document est, et ce qu’il n’est pas
C’est une photographie, pas une tendance. L’API de France Travail restitue le stock des offres encore ouvertes, non l’archive des offres clôturées. Répartir ces annonces par date donnerait une courbe de survie des annonces, pas une croissance du marché. Aucune évolution n’est calculable à partir d’une passe unique, et aucune n’est avancée ici. La première dérive mesurable le sera après 3 passes mensuelles, soit en octobre 2026.
Le périmètre est celui des intitulés. Une offre dont le corps mentionne l’IA sans que le titre la nomme n’entre pas dans ce décompte. C’est un choix : le radar mesure ce que le marché nomme, ce qui est précisément le sujet.
Deux sources seulement. Les postes de direction se pourvoient aussi par approche directe et par cabinet, canaux invisibles ici. Le haut du marché est donc sous-représenté, ce qui va dans le sens du constat sans le fonder.
Ce qu’IARH en retient
Un dirigeant qui attend que la fonction de gouvernance de l’IA existe sur le marché du travail pour la pourvoir attendra longtemps. Elle n’y est pas encore : sur les 526 annonces qui nomment l’intelligence artificielle dans leur intitulé, 273 sont des postes d’ingénierie ou d’expertise technique, et 6 relèvent de la gouvernance, de la conformité ou de l’éthique. Les usages se construisent pendant ce temps, et il faudra bien les arbitrer.
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