Industrie & BTP · Tribune

Le financement de votre IA n'est pas à 80 %. Il est à 40 %, et dans le bâtiment il a baissé.

Couverture IARH Consulting : un dirigeant du bâtiment relit un tableau de financement dans un bureau de chantier.
Visuel IARH Consulting : le taux annoncé et le taux réel ne sont pas le même chiffre. Illustration générée par intelligence artificielle.

Vous avez sans doute entendu que la formation de vos équipes à l'intelligence artificielle était financée à 80 %. Peut-être l'avez-vous lu dans une plaquette, entendu à une réunion de branche, ou reçu d'un prestataire qui s'appuyait dessus pour vous vendre un accompagnement. C'est faux. Le taux national de référence est de 40 %, et dans le bâtiment le barème de votre opérateur de compétences a diminué le 1er juin dernier.

Je n'écris pas cela pour vous décourager de vous former. J'écris parce qu'un dirigeant qui bâtit son budget sur 80 % découvre un reste à charge de 6 000 euros au moment de signer, et que ce moment arrive toujours trop tard pour renoncer proprement.

Le chiffre national, et d'où vient la confusion

Le dispositif s'appelle le Diag Data IA. Il est porté par Bpifrance dans le cadre du plan « Osez l'IA » et financé par France 2030. Il finance 8 jours d'intervention d'un expert agréé, sur une prestation plafonnée à 10 000 euros hors taxes. La prise en charge est de 40 % depuis le 17 juin 2026, ce qui laisse 6 000 euros à votre charge. Avant cette date, et depuis le 1er janvier, elle était de 25 %.

Le 80 % n'est pas une invention pure. Un plafond de cet ordre existe, mais ailleurs : sur le volet « mise en œuvre » d'IA Booster, en cumulant une aide régionale, et sous conditions. Ce n'est pas le taux du diagnostic, et ce n'est pas le taux de la formation. Entre les deux, il y a l'écart qui vous ferait dépasser votre budget.

Ce qui devrait vous inquiéter davantage que le chiffre

Le dispositif est public. Les montants sont publiés. Et pourtant, en consultant huit sources professionnelles le même jour, j'ai relevé quatre taux différents pour le même dispositif : 40 %, 50 %, 25 %, et une page d'expert agréé Bpifrance qui annonce 60 % dans son titre tout en écrivant 40 % trois lignes plus bas.

Aucune de ces pages ne ment délibérément. Elles décrivent des états successifs d'un dispositif qui a bougé deux fois en 8 mois, sans que la date de validité accompagne le chiffre. Un taux sans sa date n'est pas une information, c'est une trace.

C'est exactement le mécanisme qui rend les aides publiques si difficiles à utiliser pour une entreprise qui n'a pas de direction financière dédiée : le chiffre juste et le chiffre périmé se ressemblent, et rien ne les distingue au moment où on les lit.

Une salle de formation dans une entreprise du bâtiment, six compagnons assis face à un écran.
Visuel IARH Consulting : au-dessus de 11 salariés, le temps passé en salle n'est plus pris en charge. Illustration générée par intelligence artificielle.

Dans le bâtiment, le barème a baissé

C'est le point que personne ne relaie, et c'est celui qui vous concerne le plus directement. Constructys, l'opérateur de compétences du bâtiment et des travaux publics, prenait en charge le coût pédagogique à hauteur de 24 euros de l'heure et par stagiaire. Depuis le 1er juin 2026, pour les entreprises de 11 à moins de 50 salariés, ce plafond est de 19 euros. Une baisse d'un cinquième, sans compensation.

Et il existe une seconde ligne, plus décisive encore, que beaucoup de dirigeants ignorent : la prise en charge des frais de salaire pendant la formation, à 15 euros de l'heure et par stagiaire. Elle est maintenue. Mais elle n'existe que pour les entreprises de moins de 11 salariés. Au-dessus de ce seuil, le temps que vos compagnons passent en salle reste intégralement à votre charge.

Concrètement, pour 6 collaborateurs formés 4 heures : une entreprise de 20 salariés obtient 456 euros de prise en charge pédagogique, une entreprise de moins de 11 salariés en obtient 576, plus le salaire maintenu. Sur une équipe de chantier, la différence n'est pas symbolique.

Le piège qui n'est pas financier

Il y en a un dernier, et il ne coûte rien à éviter. Le dossier doit parvenir complet sur la plateforme eGestion 15 jours calendaires avant le premier jour de formation. Pas 15 jours ouvrés, et pas « idéalement ». Un dossier déposé hors délai n'est pas financé, quelle que soit la qualité de la formation et quel que soit votre historique.

J'ai vu suffisamment de projets se décider en 3 semaines pour savoir que ce délai est le premier à sauter. C'est aussi celui qui transforme une formation cofinancée en formation payée.

Un taux sans sa date n'est pas une information, c'est une trace. Et c'est sur des traces que se construisent la plupart des budgets de formation.

Olivier Indovino, IARH Consulting

Ce que je vous recommande de faire, et ce n'est pas long

Avant d'engager quoi que ce soit, demandez trois choses à qui vous propose un financement : le taux, la date à laquelle ce taux a été arrêté, et le texte ou le communiqué qui le fixe. Un prestataire sérieux vous les donne en une minute. Un prestataire qui ne les a pas ne vous vend pas un financement, il vous vend une espérance.

Et vérifiez votre tranche d'effectif avant de calculer. Dans le bâtiment, le seuil de 11 salariés change davantage votre reste à charge que le choix de l'organisme de formation.

La question du financement vient toujours après une autre, qu'on saute souvent : former qui, à quoi, et pour quel usage réel dans l'entreprise. C'est précisément ce que le diagnostic dirigeant sert à trancher, avant que le budget ne devienne le sujet.

Sources citées dans l'article

  • Bpifrance et Direction générale des entreprises, plan « Osez l'IA », communiqué de renforcement du 17 juin 2026 : taux du Diag Data IA porté de 25 % à 40 %, prestation plafonnée à 10 000 euros hors taxes, 8 jours d'expert agréé.
  • Safily, « Diag Data IA : montant, éligibilité », 9 août 2026 : tableau des chiffres périmés qui circulent (80 %, 50 %, 25 %) et enveloppe fermée de 9,6 millions d'euros pour 2 000 accompagnements sur 2026-2027 — safily.com
  • Nefia, « Financer un diagnostic IA », 26 juillet 2026 : éligibilité aux entreprises de 10 à 2 000 salariés, chiffre d'affaires supérieur à 1 million d'euros, 8 jours répartis sur 3 mois — nefia.fr
  • Koïno, « Prix d'un audit IA en 2026 », 13 août 2026 : taux de 25 % relayé d'après France Num, et cumul régional jusqu'à 80 % sur le volet mise en œuvre d'IA Booster — koino.fr
  • Atecna, page du dispositif, 5 août 2026 : en-tête annonçant 60 % et corps de page indiquant 40 % — atecna.fr
  • Le Journal du BTP, « Se former dans le BTP », 6 août 2026 : plafond Constructys du coût pédagogique porté de 24 à 19 euros de l'heure au 1er juin 2026 pour les entreprises de 11 à moins de 50 salariés ; maintien à 24 euros et prise en charge des frais de salaire à 15 euros de l'heure pour les entreprises de moins de 11 salariés ; dépôt complet sur eGestion 15 jours calendaires avant le début de la formation — lejournaldubtp.fr
  • The Intelligence Academy, 3 août 2026 : confirmation des barèmes Constructys et de la règle des 15 jours calendaires sur eGestion, avec exemple chiffré à six stagiaires — the-intelligence-academy.com

Les taux et barèmes cités sont ceux en vigueur au 25 août 2026. Ils ont changé deux fois depuis janvier : vérifiez-les auprès du financeur avant tout engagement contractuel.

Lire d'abord : « CLOUD Act contre RGPD : le conflit que votre fournisseur ne peut pas résoudre »

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