En clair : je prends un sujet sérieux et je le dis crûment. La satire vise la situation et le discours, jamais les personnes. La version sourcée est juste ici.
Moins de 10 % des entreprises du bâtiment et des travaux publics utilisent l'intelligence artificielle. Le titre de presse s'arrête là et conclut : secteur réfractaire. Le chiffre intéressant n'est pourtant pas le taux. C'est l'adresse.
Où l'intelligence artificielle travaille dans le BTP : à 89 % sur les tâches bureautiques et administratives, à 72 % sur la conception et les travaux d'étude. Réponses aux appels d'offres, mémoires techniques, comparaison d'offres fournisseurs, devis, offres d'emploi.
Où elle ne travaille pas : la planification des travaux, la gestion des risques, le suivi d'avancement. C'est-à-dire le chantier. C'est-à-dire l'endroit où se joue la productivité du secteur.
Ce qu'on en dit : « le BTP est en retard sur le numérique. »
Ce que dit la répartition réelle : 3 % des entreprises ont des technologies déployées et utilisées, 5 % un déploiement en cours, 36 % un usage envisagé, 40 % ni usage ni déploiement, et 16 % ne savent pas répondre. Ces 16 % ne sont pas de l'ignorance. C'est la mesure honnête d'un vocabulaire que personne n'a traduit en langue de métier.
Le détail de taille : 53 % des entreprises de plus de 50 salariés déclarent comprendre ce que recouvre l'intelligence artificielle, contre 31 % de celles de 0 à 9 salariés. L'échantillon est composé aux deux tiers de très petites entreprises. Le « moins de 10 % » est donc surtout leur chiffre.
C'est le stagiaire brillant qui connaît par cœur le tableur de chiffrage, rédige un mémoire technique impeccable, et n'a jamais franchi le portail. Son casque est encore dans son emballage.
Le remède prescrit : une formation générale à l'intelligence artificielle.
Ce que relève l'étude : il n'existe pas de formation propre au BTP sur ce sujet. Un conducteur de travaux n'a aucun parcours identifiable qui traite de l'IA appliquée à son métier. On lui propose donc de la culture générale, et on s'étonne ensuite que sa semaine n'ait pas changé.
Une entreprise dont les fonctions support utilisent déjà l'intelligence artificielle à 89 % pour la bureautique n'est pas une entreprise qui commence. C'est une entreprise dont les usages sont installés, non cartographiés et non encadrés. Ce n'est pas la même conversation, et ce n'est pas le même risque.
Tant que ces usages restent au bureau, le retour reste marginal, puisque les fonctions support pèsent peu dans les coûts d'une entreprise du BTP. Ce qui alimente en retour l'idée que le sujet n'en vaut pas la peine. La boucle est bien fermée.
La franchir suppose deux décisions, et deux seulement : un plan de compétences qui traite le sujet dans les métiers plutôt qu'en formation générique, et une remise en ordre de la donnée d'exploitation. Chez un groupe de BTP régional de 400 personnes, ces deux chantiers ont pris 18 mois. Ils ont produit davantage que 3 années d'essais d'outils. Aucun outil ne traverse le portail tout seul.