Une question, une réponse
À quoi ressemble une feuille de route IA réaliste sur 12 à 18 mois pour une ETI ?
Réponse : elle tient en trois colonnes et elle arrête des choses. Une feuille de route qui n'additionne que des projets n'est pas une trajectoire, c'est un catalogue. Les trois colonnes utiles : ce qu'on lance, ce qu'on arrête, et ce dont on répond.
Ce qui distingue une trajectoire d'une liste de projets
Une trajectoire arrête. Demandez à qui vous la propose ce qu'elle supprime. Si la réponse est « rien », vous tenez une addition de dépenses, pas un arbitrage.
Une trajectoire nomme. Chaque ligne porte le nom d'une personne qui en répond, pas celui d'une direction.
Une trajectoire fixe un seuil d'arrêt. Pour chaque chantier : à quel coût mensuel, ou à quelle date sans résultat, y renonce-t-on ? Ce seuil se fixe avant de démarrer, jamais après.
Ce que l'expérience des autres enseigne, et c'est mesuré
Selon l'enquête trimestrielle de KPMG publiée le 24 juin 2026 auprès de 2 145 dirigeants dans 20 pays, 49 % des organisations ont remis en cause, retardé ou réduit un déploiement d'agents IA parce que les coûts attendus dépassaient la valeur produite. 7 % seulement déclarent un retour sur investissement établi.
Le facteur qui sépare les deux groupes n'est pas technologique : les organisations disposant d'une visibilité complète sur leurs coûts d'exploitation déclarent un retour établi cinq fois plus souvent que les autres, 15 % contre 3 %.
Une réserve de lecture : cette enquête porte sur de grandes organisations. Une ETI y est même plus exposée, pour une raison simple : ses dépenses d'IA sont souvent réparties dans plusieurs budgets métiers, donc invisibles au total.
Un séquencement qui tient debout
Mois 1 à 3 : savoir. Inventaire réel des usages, y compris non déclarés. Liste des obligations déjà échues et de leurs dates. Désignation de qui décide. Rien de tout cela ne coûte de licence.
Mois 4 à 9 : un cas, mené jusqu'au bout. Un seul, avec ses exceptions, son seuil d'arrêt et sa mesure de coût mensuel. Un cas fini enseigne ce que trois cas entamés ne montrent jamais.
Mois 10 à 18 : étendre ce qui a tenu, arrêter le reste. L'extension se décide sur la mesure du cas précédent, pas sur l'enthousiasme qu'il a suscité.
Les dates qui contraignent le calendrier
Deux obligations sont déjà applicables : la maîtrise de l'IA depuis le 2 février 2025, la transparence depuis le 2 août 2026. Une échéance structure la fin de la période : le 2 décembre 2027 pour les systèmes à haut risque de l'annexe III, dont le recrutement et la gestion des salariés.
Une feuille de route qui doit avoir produit ses effets avant cette échéance se cale donc sur le 2 décembre 2027, et non sur sa propre durée. Ce n'est pas un hasard utile : c'est la contrainte à intégrer dès la première colonne.
Ce que cette page ne dit pas
Elle ne chiffre pas : les montants dépendent du périmètre et n'ont aucun sens hors contexte. Et elle ne prétend pas qu'une ETI doive lancer un projet d'IA. Les 3 premiers mois décrits ci-dessus suffisent parfois à conclure qu'il faut d'abord ranger ce qui existe.
Sources
- KPMG International, « Global AI Pulse Q2 2026 », publié le 24 juin 2026, enquête auprès de 2 145 dirigeants de grandes organisations dans 20 pays : 49 % ayant remis en cause, retardé ou réduit un déploiement d'agents IA au motif que les coûts dépassaient la valeur ; 7 % déclarant un retour sur investissement établi ; 15 % contre 3 % selon la visibilité des coûts d'exploitation.
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle, articles 4 et 50, annexe III ; règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 fixant l'application des obligations haut risque de l'annexe III au 2 décembre 2027. EUR-Lex.
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