En clair : je prends un sujet sérieux et je le dis crûment. La satire vise la situation et le discours, jamais les personnes. La version sourcée est juste ici.
L'industrie française a multiplié son usage de l'intelligence artificielle par plus de trois en 2 ans. C'est un chiffre officiel, il est bon, et il mérite d'être dit.
Voici comment il sera raconté dans les 6 mois qui viennent.
En comité de direction
Ce qu'on annonce : « Notre usage de l'IA a triplé. »
Ce que cela recouvre : trois directions ont pris trois abonnements différents.
La réaction attendue : satisfaction générale.
La question que personne ne pose : triplé par rapport à quoi ? Le point de départ était 6 %.
Dans la plaquette institutionnelle
Ce qu'on écrit : « Un groupe pleinement engagé dans la transformation par l'intelligence artificielle. »
Ce qui s'est passé : un assistant de rédaction au marketing, un outil de synthèse au juridique, et un essai de maintenance prédictive sur une ligne, arrêté en juin.
Ce qui n'apparaît nulle part : lequel des trois est encore utilisé aujourd'hui.
Devant le conseil
La question posée : « Où en sommes-nous sur l'IA ? »
La réponse fournie : un tableau avec des pourcentages, une comparaison sectorielle, et une phrase sur le fait que nous sommes désormais dans la moyenne.
La question qui ne vient jamais, et qui est la seule bonne : qui a autorisé ces outils, sur quelles données travaillent-ils, et que se passe-t-il le jour où l'un d'eux se trompe ?
6 mois plus tard
Ce qui a triplé : le nombre d'outils.
Ce qui n'a pas bougé : le nombre de personnes chargées de dire oui ou non, qui reste zéro.
Ce qui a été multiplié sans qu'on le mesure : le nombre d'endroits où une donnée de l'entreprise sort sans qu'on sache où elle va.
Et pour finir, sérieusement
Le triplement est réel et il est une bonne nouvelle. Il signifie que l'industrie n'est plus en retard, et que l'argument du secteur rétif a cessé d'être vrai.
Mais un taux d'adoption mesure la diffusion d'un outil, pas la maîtrise d'une pratique. Ces deux courbes ont commencé ensemble en 2023. Une seule des deux a triplé.
La question à poser au prochain comité ne porte pas sur le pourcentage. Elle porte sur la liste : combien d'outils d'IA sont en service chez nous, qui les a validés, et qui répond si l'un d'eux produit une décision fausse ?
Une entreprise capable de répondre aux trois a vraiment progressé. Une entreprise qui ne sait répondre qu'au pourcentage a surtout progressé dans sa communication.
L'analyse complète, sourcée et sans ironie : L'industrie française a triplé son usage de l'IA en 2 ans