En clair : je prends un sujet sérieux et je le dis crûment. La satire vise la situation et le discours, jamais les personnes. La version sourcée est juste ici.
Un agent d'intelligence artificielle trie des dossiers de candidature depuis 6 mois. Une décision est contestée. La musique s'arrête. Tout le monde cherche une chaise.
La direction métier : « nous n'avons fait que suivre la recommandation de l'outil. »
La direction des systèmes d'information : « nous avons installé l'outil, nous ne définissons pas les critères. »
L'éditeur : « notre solution est une aide à la décision. Voir les conditions générales. »
Le règlement européen sur l'intelligence artificielle : celui qui utilise le système sous sa propre autorité en est le déployeur. Article 3, point 4. Pas de seuil de chiffre d'affaires, pas de taille minimale, pas d'exception pour les usages internes. La chaise portait un nom depuis le début.
Ce qu'on écrit dans la note interne : « une supervision humaine est assurée à chaque étape. »
Ce que ça veut dire en pratique : quelqu'un clique sur « valider ». Sans le temps, la compétence ni l'autorité de cliquer sur autre chose. L'article 26, lui, exige la compétence, la formation, l'autorité et le soutien nécessaires. Ce n'est pas une supervision. C'est une signature.
Le test qui règle le débat en une minute : qui, chez vous, peut arrêter l'agent dans l'heure ? Un nom, pas une direction, pas un comité. Si la réponse prend plus d'une minute, la supervision n'existe pas, quelle que soit l'épaisseur de la documentation.
La chaise que personne ne regarde : l'annexe III. Diffusion ciblée d'offres d'emploi, filtrage des candidatures, décisions relatives aux conditions de travail, accès au crédit, accès aux services essentiels. Les usages que les entreprises automatisent en premier ne sont pas dans une zone grise. Ils sont dans la liste.
Deux textes referment la partie. L'article 22 du règlement général sur la protection des données ouvre à toute personne le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé qui l'affecte de manière significative, et d'obtenir une intervention humaine. Plus l'agent décide seul, plus vous devez démontrer qu'un humain pouvait intervenir, et qu'il en avait réellement les moyens.
Le second est moins commenté et plus structurant. La directive (UE) 2024/2853 du 23 octobre 2024, que les États membres doivent avoir transposée au plus tard le 9 décembre 2026, range le logiciel parmi les produits. Un dommage causé par un agent défectueux relèvera d'un régime de responsabilité sans faute, avec une charge de la preuve allégée pour la victime. L'entreprise qui a mis l'agent en service se trouve en première ligne du recours, quitte à se retourner ensuite contre l'éditeur.
Il n'y a donc jamais eu de chaises musicales. Il y avait une seule chaise, elle porte le nom de celui qui a mis l'agent en service, et elle était occupée dès le premier jour. Les trois questions utiles tiennent en une demi-journée si on les pose avant : qui qualifie l'agent au regard de l'annexe III, qui le supervise nominativement, qui répond des décisions journalisées. Posées après le premier litige, elles prennent beaucoup plus longtemps, et elles se posent devant quelqu'un d'autre.