Organisation & compétences · Analyse

50 % des cadres utilisent l'IA. 29 % ont été formés.

Couverture IARH Consulting : un plateau de bureaux baigné de lumière, où la moitié des postes travaille déjà avec l'IA sans que rien n'ait été écrit.
Visuel IARH Consulting : l'usage est déjà là, la règle n'est pas encore écrite. Illustration générée par intelligence artificielle.

Quand une direction générale s'inquiète de l'intelligence artificielle, la question posée est presque toujours la même : comment convaincre les équipes de s'en servir ? Elle suppose une organisation réticente qu'il faudrait entraîner. Les chiffres de 2026 rendent cette question caduque.

Les cadres n'ont pas attendu qu'on les convainque

Selon l'étude « Les cadres et l'IA » publiée le 21 mai 2026 par l'Apec (Association pour l'emploi des cadres), menée en mars 2026 auprès de 2 000 cadres du secteur privé et de 1 000 entreprises employant au moins un cadre, la moitié des cadres français utilisent des outils d'intelligence artificielle au moins une fois par semaine dans leur travail. C'est 15 points de plus qu'un an plus tôt.

La progression touche tous les profils, avec des pointes à 62 % chez les jeunes cadres et 55 % chez ceux qui encadrent une équipe. Les usages ne sont pas anecdotiques : rédaction de documents, analyse de dossiers, aide à la décision. Les managers y recourent aussi pour des actes qui engagent, comme la préparation des entretiens annuels ou la recherche de conseils en gestion d'équipe.

Autrement dit, l'intelligence artificielle est déjà entrée dans la ligne managériale. Elle y est entrée par le bas, sans réunion de lancement, et elle touche des sujets sensibles.

La formation avance de 5 points par an

En face, l'effort de formation progresse à un tout autre rythme. Toujours selon l'Apec, 29 % des cadres déclarent avoir été formés à l'intelligence artificielle en mars 2026, contre 24 % un an plus tôt. Cinq points de mieux, quand l'usage en gagne quinze.

Le détail est plus sévère encore que le total. Les formations reçues portent d'abord sur l'IA en général, 26 % des cadres en mars 2026 contre 20 % en mars 2025. Celles qui portent sur l'usage de l'IA dans le métier exercé stagnent : 19 % en 2026 contre 18 % en 2025. Un point en un an. C'est pourtant là que se logent les vraies questions, celles qui touchent aux données que l'on manipule, aux décisions que l'on prépare et à la responsabilité que l'on engage.

La demande, elle, ne manque pas. Dans l'édition précédente de la même étude, publiée en juin 2025, 72 % des cadres se déclaraient favorables au principe d'une formation à l'intelligence artificielle, contre 60 % l'année d'avant. Et en 2026, les deux tiers des cadres estiment que la maîtrise de ces outils sera une compétence importante pour la suite de leur carrière. L'écart de vingt et un points entre usage et formation ne s'explique donc ni par le refus des équipes, ni par leur indifférence.

Illustration IARH Consulting : deux cadres travaillent déjà avec des outils d'IA pendant qu'une salle de formation reste vide derrière une cloison vitrée.
L'usage a pris de l'avance sur le cadre : illustration générée par intelligence artificielle.

Les entreprises encouragent plus vite qu'elles n'encadrent

Du côté des employeurs, l'Apec mesure un mouvement réel mais déséquilibré. Dans les grandes entreprises, 70 % acceptent ou encouragent désormais l'usage d'outils d'IA par leurs collaborateurs, soit 17 points de plus en un an. La proportion atteint 53 % dans les petites et moyennes entreprises et 45 % dans les très petites.

L'encadrement suit à distance. Parmi ces mêmes grandes entreprises, 27 % ont mis en place une charte d'usage, contre 17 % l'année précédente, et 37 % ont déployé des formations, contre 20 %. Cela signifie qu'environ sept grandes entreprises sur dix encouragent un usage que sept sur dix n'ont toujours pas cadré par écrit.

C'est le schéma que l'on retrouve, presque à l'identique, chez un industriel de 1 200 personnes comme chez un groupe de BTP régional : la direction générale a dit oui à l'IA, personne n'a écrit ce que ce oui autorise.

Le sujet n'est pas l'adoption. C'est le pilotage.

Présenté comme un déficit de formation, l'écart appelle une réponse simple : un budget, un catalogue, un plan. Cette réponse échouera, parce qu'elle traite un symptôme.

Former quelqu'un suppose de savoir à quoi on le forme. Or dans la plupart des organisations, personne n'a encore répondu aux trois questions qui rendent une formation possible. Qu'un cadre a-t-il le droit de faire avec l'intelligence artificielle ? Sur quelles données : un dossier commercial, un avis de collaborateur, un devis en cours de négociation ? Et lorsqu'une décision préparée par l'IA se révèle fausse, qui en répond ?

Tant que ces réponses n'existent pas, le catalogue de formation ne peut proposer que de la culture générale. C'est exactement ce que mesure l'Apec : des formations généralistes qui progressent, des formations métier qui n'avancent pas. Ce n'est pas un hasard de programmation, c'est la conséquence d'une doctrine absente.

Pendant ce temps, l'usage continue. Un cadre qui prépare un entretien annuel avec un outil d'intelligence artificielle, sans règle écrite sur les données qu'il peut y verser, ne commet pas une faute. Il comble un vide. L'organisation, elle, accumule une exposition : sur ses données, sur ses obligations de transparence au titre du règlement européen sur l'intelligence artificielle, l'AI Act, et sur la qualité de décisions dont plus personne ne sait comment elles ont été préparées.

Une organisation ne forme jamais mieux qu'elle ne décide. Tant que personne n'a écrit ce qu'un cadre a le droit de faire avec l'IA, la formation reste sans objet.

Olivier Indovino, IARH Consulting

Ce qu'il faut trancher avant le prochain plan de formation

L'ordre habituel est inversé. On achète des formations, puis on découvre qu'elles ne répondent à aucune règle. Le bon ordre commence par la doctrine, et il tient en trois décisions.

La première est un périmètre : la liste des usages autorisés, des usages encadrés et des usages interdits, écrite dans le vocabulaire des métiers et non dans celui des outils. La deuxième est une règle de données : ce qui peut sortir de l'entreprise, ce qui ne le peut pas, et par quel chemin. La troisième est une responsabilité nommée : la personne qui répond des usages, arbitre les cas limites et met à jour la règle quand les outils changent.

Une fois ces trois décisions posées, la formation devient possible, parce qu'elle a enfin un contenu. Avant, elle n'est qu'une dépense de confort face à un usage qu'on n'a pas choisi. Identifier qui, dans votre organisation, est en mesure de porter ces trois décisions est précisément l'objet d'un diagnostic dirigeant : la moitié de vos cadres n'attend pas votre plan de formation, elle attend votre règle.

Sources citées dans l'article

  • Apec (Association pour l'emploi des cadres), « Les cadres et l'IA », édition 2026, publiée le 21 mai 2026. Enquête en ligne auprès de 2 000 cadres du secteur privé et enquête téléphonique auprès de 1 000 entreprises employant au moins un cadre, mars 2026 — usage hebdomadaire, formations reçues, encadrement en entreprise : corporate.apec.fr
  • Apec, « Les cadres et l'IA », édition précédente, juin 2025 — 72 % des cadres favorables au principe d'une formation, contre 60 % en 2024 : corporate.apec.fr
  • Règlement (UE) 2024/1689 établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle (AI Act), obligations de transparence : eur-lex.europa.eu

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