Économie de l'IA · Analyse

Une entreprise sur deux a freiné ses agents IA. Pas parce qu'ils ne marchent pas.

Couverture IARH Consulting : une chaîne de traitement à l'arrêt, dont l'interrupteur a été coupé par quelqu'un qui n'est pas identifié.
Visuel IARH Consulting : l'arrêt a été décidé, mais personne n'a écrit par qui ni selon quelle règle. Illustration générée par intelligence artificielle.

Depuis 2024, le discours dominant sur l'intelligence artificielle en entreprise oppose deux camps : ceux qui avancent et ceux qui résistent. Cette grille a l'avantage d'être simple. Elle vient de perdre ce qui lui restait de pertinence.

Une enquête publiée en juin 2026 montre que la moitié des grandes organisations ont ralenti leurs déploiements d'agents. Pas par prudence, pas par scepticisme, et pas parce que la technologie aurait échoué. Pour une raison beaucoup plus banale, et beaucoup plus instructive.

Ce que mesure l'enquête

KPMG a interrogé 2 145 dirigeants dans 20 pays pour son Global AI Pulse du deuxième trimestre 2026, publié le 24 juin.

À la question de savoir si leur organisation avait remis en cause, retardé ou réduit le déploiement d'agents IA parce que les coûts attendus commençaient à dépasser la valeur produite, 49 % répondent oui. Le détail mérite d'être lu : 24 % ont réduit ou resserré un déploiement, 25 % l'ont retardé ou suspendu. 22 % de plus ont remis la décision en question sans changer de cap.

Reste 24 %, moins d'un quart, pour qui les coûts et la valeur restent alignés.

Le second chiffre est celui qui donne sa mesure au premier. 7 % seulement déclarent avoir atteint un retour sur investissement établi. Ce chiffre a reculé d'un point par rapport au trimestre précédent.

Pourquoi ce n'est pas un désaveu de l'IA

Il serait tentant d'y lire un reflux. Ce serait mal lire, et l'enquête dit pourquoi.

Dans le même temps, la part d'organisations qui intègrent des agents à l'échelle de l'entreprise passe de 13 à 22 % en un trimestre. Les dépenses prévues restent stables, à une moyenne pondérée de 188 millions de dollars sur 12 mois. La confiance déclarée dans la technologie continue de monter.

Ce n'est donc pas un mouvement de recul. C'est un mouvement de lucidité comptable. Les organisations ne renoncent pas aux agents : elles découvrent ce qu'ils coûtent à faire tourner, ce qui n'est pas la même chose que ce qu'ils coûtent à acheter.

Un agent qui travaille en continu, qui appelle un modèle à chaque étape, qui relit un contexte long à chaque question, produit une dépense qui croît avec son succès. Plus il sert, plus il coûte. C'est l'inverse exact du modèle de la licence logicielle, sur lequel la plupart des budgets informatiques ont été construits.

Un déploiement qu'on suspend au bout de 6 mois n'a pas échoué techniquement. Il a échoué à être mesuré avant d'être lancé.

Olivier Indovino, IARH Consulting

Le chiffre qui désigne la cause, et il n'est pas technologique

Un tableau de bord industriel dont plusieurs voyants sont éteints, sans qu'aucune étiquette n'indique qui a procédé à l'arrêt.
Ce qui manquait n'était pas la technologie, c'était la décision écrite avant le déploiement. Illustration générée par intelligence artificielle.

L'enquête établit un lien que les directions générales devraient regarder longuement.

Les organisations qui disposent d'une visibilité complète sur leurs coûts d'exploitation de l'IA déclarent un retour sur investissement établi cinq fois plus souvent que les autres : 15 % contre 3 %.

Le même écart apparaît sur la responsabilité. Là où la responsabilité du sujet est clairement attribuée, le retour établi est déclaré 14 % du temps, contre 4 % ailleurs.

Ces deux corrélations ne prouvent pas à elles seules un lien de cause à effet, et il faut le dire. Mais elles pointent dans la même direction, et cette direction n'a rien de technique : ce qui sépare les organisations qui obtiennent un retour de celles qui n'en obtiennent pas n'est ni le modèle choisi, ni le cas d'usage, ni la maturité technologique. C'est la capacité à savoir ce que la chose coûte, et à désigner quelqu'un qui en répond.

Une réserve de lecture, et elle compte

Cette enquête porte sur de grandes organisations. Une entreprise de 500 salariés ne dépense pas 188 millions de dollars et n'a pas les mêmes instruments.

Ce qui se transpose n'est pas l'échelle, c'est le mécanisme. Une entreprise plus petite est même plus exposée, pour deux raisons : ses dépenses d'IA sont souvent réparties dans plusieurs budgets métiers, donc invisibles au total, et elle n'a pas de direction financière dédiée au sujet pour les agréger.

Trois questions avant le prochain déploiement

Combien coûte, aujourd'hui, le fonctionnement mensuel de chaque outil d'IA en service chez nous ? Non pas l'abonnement, mais la dépense réelle à l'usage.

Qui, nommément, regarde ce montant chaque mois et a le pouvoir d'arrêter un outil dont le coût dérive ?

Et pour le prochain projet : quel montant mensuel, au-delà duquel nous arrêterions ? Fixer ce seuil avant de démarrer coûte une réunion. Le découvrir après en coûte 6 mois.

C'est une discipline d'investissement, pas un sujet technologique, et c'est l'objet d'un diagnostic dirigeant.

Sources citées dans l'article

  • KPMG International, « Global AI Pulse Q2 2026 », publié le 24 juin 2026. Enquête menée auprès de 2 145 dirigeants de grandes organisations dans 20 pays, territoires et juridictions.
  • Chiffres cités, tirés de ce rapport : 49 % d'organisations ayant remis en cause, retardé ou réduit le déploiement d'agents IA parce que les coûts attendus dépassaient la valeur générée, dont 24 % ayant réduit ou resserré un déploiement et 25 % l'ayant retardé ou suspendu ; 22 % supplémentaires ayant questionné la décision sans changer de cap ; 24 % déclarant des coûts et une valeur alignés ; 7 % déclarant un retour sur investissement établi, en recul d'un point ; 22 % intégrant des agents à l'échelle de l'organisation au deuxième trimestre contre 13 % au premier ; dépense d'IA prévue de 188 millions de dollars en moyenne pondérée sur 12 mois ; retour sur investissement établi déclaré par 15 % des organisations disposant d'une visibilité complète sur leurs coûts d'exploitation contre 3 % des autres, et par 14 % de celles où la responsabilité est clairement attribuée contre 4 % des autres.

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